dimanche 19 octobre 2014

Virée nocturne - dimanche 21 sept

20h, Pascal et Charles débarquent pendant que l'on s'apprête à manger, il fait nuit. Comme proposé, motivé pour une chasse nocturne? Suzanne me l'avait évoqué, pour manger une langouste pas chère, quoi de mieux que d'aller se la pêcher... Quelques échanges pour me rassurer, mais peu d'explications concrètes au milieu des sourires: “Casse pas la Tête”. Par culture ici on ne pose pas de question, l'expérience et l'imprégnation suffisent. Excitation mêlée d'un petit stress de cette virée noire dans l'océan Pacifique m'habite. Un peu comme au Pérou en 2010 avec l'ascension improvisée du Pisco, ces semaines d'acclimatation au mode de vie local me portent: “Choc”! On se cherche un peu, le temps de changer les piles des lampes de poche ; puis dans un silence presque religieux on se dirige à l'eau. Je ne suis pas vraiment équipé pour résister à la fraîcheur, mais ça n'a pas l'air de les préoccuper. Encore sensible de ma dernière ottite, je ne pourrai pas trop descendre en apnée ; aussi je tiendrai la “filoche” pendant la sortie. Cela me vaudra de me faire un peu chambrer; mais bonne ambiance. Pascal chasse avec beaucoup d'agilité, efficace, il pique poissons et langoustes. Je promène une grosse poubelle encerclée d'une bouée pleine de victuailles, au milieu de l'océan Pacifique. Il fait nuit noire, on est peut-être à 200m au large des petites loupiotes du Faré ; longeant le platié : d'un côté le tombant de profondeurs tortueuses, juxtaposé au récif coralien. Mon esprit est vite appé par la pression des requins pointe-blanche qui ne dorment plus cette fois, ils chassent. Autour de nous, ils tournent par curiosité, ou excitation dès qu'un poisson est piqué ; le bruit du fusil, les vibrations du poisson blessé, le sang. Sympatique environnement de baignade! Je balaye le fond avec ma loupiote quand elle ne s'éteint pas par usure de batterie. Trop de découvertes pour se concentrer sur l'unique but: le poisson, les langoustes. Aussi, je passe très souvent à côté sans même les voire. De nuit c'est la même sentation que de se promener en forêt éclairé par une petite lampe de poche. Je suis fatigué et crois voir des hallucinations: l'océan scintille d'étoiles, mais cette vision est bien réelle, comme des milliers de lucioles sous marines, petits organismes, magique. Je suis venu pour vivre cette atmosphère unique qui m'est offerte. Banale sortie de pêche qui se vit dans l'intensité de la chasse et le respect imposé par cet environnement. J'ai donc appris par imprégnation que lorsque le requin est venu secouer les palmes de Charles il me fallait lui foncer dessus pour le faire partir (tellement évident... mais pas pour notre culture). Le picot blanc cuisiné par Pascal fut notre récompense partagée au retour. Ayant rejoint la passe, je du rentrer 15min avant eux car pris de nombreuses crampes dans cette eau pas si chaude que ça. Un beau festin. Malgré la facilité de piquer les poissons endormis (le perroquet dort couché sur le flanc à même le corail, d'autres sont bien droits mais abrités), cette chasse en apnée est éprouvante et le repas se mérite par la connaissance qu'ont ces kanaks de leur environnement. Merci à vous pour ce partage mémorable.

Malheureusement je ne parviens pas à retenir les prénoms en langue locale, les noms de famille sont également un relicat du colonialisme. Les prénoms propres au clan suffisaient par le passé. Le lendemain soir, Suzanne nous aura préparé un perroquet au feu de bois, et une langouste, délice. Ayant la place d'invités, nous n'avons pu partager notre langouste car cela ne se faisait pas.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire