20h, Pascal et
Charles débarquent
pendant que l'on s'apprête
à manger, il
fait nuit. Comme proposé, motivé
pour une chasse nocturne?
Suzanne me l'avait évoqué, pour manger une langouste pas chère,
quoi de mieux que d'aller se la pêcher... Quelques échanges
pour me rassurer, mais peu d'explications concrètes au milieu des
sourires: “Casse pas la Tête”. Par culture ici on ne pose pas de
question, l'expérience
et l'imprégnation suffisent. Excitation
mêlée d'un petit stress de cette virée
noire dans l'océan
Pacifique m'habite. Un peu comme au Pérou en 2010 avec l'ascension
improvisée du Pisco, ces semaines d'acclimatation au mode de vie
local me portent: “Choc”!
On se cherche un peu, le temps de changer les piles
des lampes de
poche ; puis dans un silence presque
religieux on se dirige à l'eau.
Je ne suis pas vraiment équipé pour
résister à la fraîcheur, mais ça n'a pas
l'air de les préoccuper. Encore
sensible de ma dernière ottite, je ne pourrai pas trop descendre en
apnée ; aussi
je tiendrai la “filoche” pendant la sortie. Cela me vaudra de me
faire un peu chambrer; mais bonne ambiance. Pascal chasse avec
beaucoup d'agilité, efficace,
il pique poissons et langoustes. Je promène une grosse poubelle
encerclée d'une
bouée pleine de
victuailles, au milieu de l'océan
Pacifique. Il fait nuit noire, on est peut-être
à 200m au large
des petites loupiotes du Faré ;
longeant le platié :
d'un côté
le tombant de profondeurs tortueuses,
juxtaposé au
récif coralien.
Mon esprit est vite appé par
la pression des requins pointe-blanche qui ne dorment plus cette
fois, ils chassent. Autour de nous, ils
tournent par curiosité, ou
excitation dès
qu'un poisson est piqué ; le bruit du
fusil, les
vibrations du poisson blessé, le
sang. Sympatique environnement de baignade! Je balaye le fond avec ma
loupiote quand elle ne s'éteint pas
par usure de batterie. Trop de découvertes
pour se concentrer sur l'unique but: le poisson, les langoustes.
Aussi, je passe très
souvent à côté
sans même
les voire. De nuit c'est la même
sentation que de se promener en forêt
éclairé par une petite lampe de poche.
Je suis fatigué et crois voir des hallucinations: l'océan
scintille d'étoiles,
mais cette vision est bien réelle,
comme des milliers de lucioles sous marines, petits organismes,
magique. Je suis venu pour vivre cette atmosphère
unique qui m'est offerte. Banale sortie de
pêche qui se vit
dans l'intensité de
la chasse et le respect imposé par
cet environnement. J'ai donc appris par imprégnation
que lorsque le requin est venu secouer les palmes de Charles il me
fallait lui foncer dessus pour le faire partir (tellement évident...
mais pas pour notre culture). Le picot blanc cuisiné
par Pascal fut notre récompense
partagée au
retour. Ayant rejoint la passe, je du rentrer 15min avant eux car
pris de nombreuses crampes dans cette eau pas si chaude que ça.
Un beau festin. Malgré la
facilité de piquer
les poissons endormis (le perroquet dort couché
sur le flanc à
même
le corail, d'autres sont bien droits mais abrités),
cette chasse en apnée est
éprouvante et le
repas se mérite
par la connaissance qu'ont ces kanaks de leur environnement. Merci à
vous pour ce partage mémorable.
Malheureusement je ne parviens pas à retenir les prénoms en langue locale, les noms de famille sont également un relicat du colonialisme. Les prénoms propres au clan suffisaient par le passé. Le lendemain soir, Suzanne nous aura préparé un perroquet au feu de bois, et une langouste, délice. Ayant la place d'invités, nous n'avons pu partager notre langouste car cela ne se faisait pas.
Malheureusement je ne parviens pas à retenir les prénoms en langue locale, les noms de famille sont également un relicat du colonialisme. Les prénoms propres au clan suffisaient par le passé. Le lendemain soir, Suzanne nous aura préparé un perroquet au feu de bois, et une langouste, délice. Ayant la place d'invités, nous n'avons pu partager notre langouste car cela ne se faisait pas.
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