mardi 21 octobre 2014

Etats d'âme ; J-2 avant de saluer les îles

Bon timing pour le départ malgré le coeur serré. Souvent la question de l'expatriation survient dans nos pensées. S'éloignant de la France, on prend de l'air et le recul d'observer; pas trop d'analyse où l'on se perdrait en détails, mais l'on tend bien à ressentir par nos rencontres et l'intériorité la “loose” athmosphère qui se répand en Europe. Perte de culture au profit d'un matérialisme insatisfait. Le profit pour finalité n'enferme t-il pas l'individu dans une absence à lui même? Sentiment de puissance que procure l'Avoir. Faut-il pouvoir exister librement en parallèle, se gardant de la réserve. Ne pas devenir un simple élément fructifiant le profit d'un tout. C'est une chaîne alimentaire déshumanisée. Deux générations, tout se lisse en surface : l'appartenance à une culture propre, l'appartenance à une famille unie, l'appartenance à un voisinage, à une structure professionnelle pérenne. Notre quête existancielle et identitaire passe par de belles racines et une liberté de voler où nos vies nous mènent. Apprenons à valoriser nos talents reçus et non l'efficience à simple dessein du profit. Greg et Aurélie à Lifou ou encore Jacques à Seday nous en donnent l'exemple, ce dernier choisit de réaliser une sculpture pour me rendre compte de commissions que nous lui avions faîtes.

Ne pouvant m'empêcher d'ouvrir la réflexion sur la place qu'occupe l'école à multiples niveaux (institution, enseignant) pour permettre le développement personnel de l'individu, dans le respect de ses talents? Petite utopie face aux grandes questions d'économie d'échelle ou d'un pragmatisme sécurisant par une instruction évaluable à très court terme. Pour ces enfants qui passent à l'école la grande part de leur enfance, quelle éducation et quelle citoyenneté dans la seule recherche de l'efficience?

Jeanne pleure, Audrey la recouche, c'est le temps de la sieste. Je reviens de palmer dans le corail. Toujours cette exubérance de vie. De grands poissons sautent en pleine mer, non identifiés. Oiseaux et cocs chantent, des poussins picorent sous la table, les chiens aboient, les enfants dans la cour, le feu sous les marmites, la feuille de coco sèche sous le soleil en dégageant une odeur typique de ces cases traditionnelles; nous sommes et serons toujours en Loyautés.

Me revient ce dessin: vivre dans le monde en intégrité, hors de l'esprit du monde; Brassens chantait: “au village sans prétention...”. Cela semble bien difficile seul, mais les montagnes me manquent, j'en rêve les nuits. Encore l'espace temps de ce voyage pour aller à l'essentiel et décider ou non le retour qui sera difficile. Je ne peux me résoudre à vivre dans l'esprit du monde tellement la richesse humaine est immense; intimement persuadé que nous devons avoir une grande paix intérieure pour être soi même. Les frustations, les colères, les peurs nous lestent dans ce quotidien diaboliquement organisé. Souvenir d'études, je n'ai jamais apprécié l'approche marketing. Chacun perçoit bien avec ses difficultés sa propre réalité qui ne lui est que temporelle. Pour nous ici, c'est vivre et se libérer. Cela passe par de petites morts, accepter le manque d'hygiène de la cuisine, de la douche à l'eau froide le soir par temps humide... Notre nombre de changes vestimentaires étant limité. “Le voyage forme la jeunesse” énonçait le dicton, c'est la nécessité de se prendre en charge et de s'assumer dans un relatif dépouillement, nous rendant vulnérables et inconnus, qui nous offre la rencontre de l'étranger dans ce qu'il a de bienveillant. Nous sommes maintenant, sans enfermement par le jugement du quotidien. Trop souvent, avec beaucoup d'empressement et d'efficacité, ne se rassure t'on pas en renvoyant la personne rencontrée dans un cadre de ce qu'elle est censée représenter? Jugement... Ce voyage peut-il nous conforter pour ne pas se laisser enfermer dans les réalités de masques de société ; cotoyer l'esprit du monde occidental sans s'y égarer?

Au revoir à cette société kanak; merci de ces rencontres humaines. Hubert Reeves s'interroge “Quelle intension dans cette Nature exceptionnelle?”. Notre amie Louise chanterait “Que la richesse de Dieu est immense, que sa sagesse et sa connaissance sont profondes...” son site en lien. Ici nous lisons sur une toile peinte dans le Faré de Céline en reconstruction “Garde le silence devant l'Eternel et espère en Lui”.

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