mardi 28 octobre 2014

Premiers ressentis


Be careful on roule à gauche! Nouveaux réflexes. On se met automatiquement sur la voie de droite, c'est plus fort que nous. Oups, quelques frayeurs. Nous ne serons pas trop de deux concentrés pour la sortie d'Auckland. On roule doucement pendant que ma petite Jeanne dort exténuée à l'arrière.
Nous passerons notre première nuit à Miranda Hot Springs. " Il pleut, il pleut bergère..." On sort coupe vents, impers et polaires pour cette première soirée. Il fait froid, notre corps n'est pas encore habitué. Le chauffage tournera plein pot.
La couleur est donnée. Après le bleu des lagons, du vert partout. Les ciels sont absolument merveilleux, sensation de grandeurs, air pure, liberté.
  
La Nouvelle Zélande s'annonce rurale, nature et sauvage, comme on aime!
 


Nouvelle Zélande en Van

Vol sans encombre sur Auckland. 2h s'ajoutent au décalage, nous voilà posé à 11h de France. On apprécie d'avoir anticipé la location du Van. Malgré le coût, nous choisissons l'option location sur l'achat; trop compliqué avec un petit bout.

Peu habitués en Calédonie, nous constatons l'hyper organisation no rush de la NZ. La maison roulante des 70 prochaines étapes est à nous! Après 8 jours, on commence à prendre nos marques. Mathieu travaille l'agencement intérieur en bricolant avec deux ficelles et trois bambous! Mais l'affaire est un peu bancale, seule Jeanne apprécie de dormir suspendue sur la cuisinière... La fatigue est bien là, on tente de gérer ça comme on peu, pas toujours simple avec les tâches du campeur.



Choc du climat, ici la pluie est au rendez-vous. La nature nous surprend, jonquilles, narcisses, genets, on revit un deuxième printemps dans l'année. Les premières nuits sont saisissantes. Le mercure descend à 9 degrés dans le van. La soufflante qui nous sert de chauffage est trop bruyante. La solution, on court les magasins de Rotorua pour trouver un heater radiant en hors saison, pas simple l'affaire. Bingo, couplé à un programmateur de prise, tout devient luxueux.


 

Boucle dans l'île du Nord

Quittant le Sud-Est du Coromandel, nous gagnons Matamata, fêtant Jeanne et ses deux bougies en Terre Hobbits ce 6 octobre. Tout était dimensionné pour sa taille, trop chou.

 
 
Les routes sont belles, beaucoup d'agriculture et des pâtures en collines volcaniques très raides et verdoyantes. “bébé bouton” moutons de partout.

 
 


Passage d'organisation technique et de ravitaillement à Rotorua, le souffre de l'activité volcanique y embaume l'air urbain. Bains d'eaux chaudes dans tout le pays.
 



 

 
 
Destination Taupo encore au Sud avec le souhait de randonnée dans le parc naturel du Tongariro, mais rien n'est acquis: comment allons nous faire avec Jeanne alors qu'il semble y avoir de la neige là-haut? Le site de Taupo est très beau, petite ville en bord de lac entourée de montagne.
 
Belle rencontre avec une famille bretonne “sur les chemins du monde”. Comme nous, ils arrivent de Nouvelle-Calédonie. On apprécie cette rencontre car la vie dans le van nous en prive un peu. Petits moments de classe improvisés ici là avec Ewen ou Méline. On s'organise une garde pour les enfants afin de réaliser la traversée du Tongariro, merveilleux cadeau!
Le temps d'acheter l'ordinateur avec lequel on peut enfin vous donner de nos nouvelles... après des déboires et prises de tête avec une tablette qui ne nous sert finalement à rien. On roule vers les pentes enneigées des Volcans en fond de ce gigantesque lac sacré.


Notre bon quart d'heure gessien pour ceux qui nous connaissent... on y retrouve le van d'Olivier et Solenn. Méline et Ewen partageront une bonne journée avec Jeanne pendant que nous profitons de ce temps à deux.
Jeanne et Ewen en rando
  
Magnifiques paysages du Mordor, couleurs, minéraux. Le sol fume un peu partout. On embrasse la montagne du Destin (Mt Ngauruhoe) où se dénoue l'épopée mise en scène par Sir Peter Jackson.




 



 



 
 
 

Soleil ; nous sommes tout embêtés pour les Jouans qui n'auront pas cette chance météo demain matin. Encore quelques étapes à partager ensemble. Soirée crêpes inoubliable qu'ils nous offrent, pique-nique au pied du Taranaki, soirée rappées barbecue et fougasse NZ sur le parking du Countdown. New-Plymouth sera le tournant, nous au Sud, eux regagnant Auckland pour voler sur les Andes qu'ils vont parcourir avec leurs vélos. Bons souvenirs en ces contrées pour nous! Suerte para todos.

 


Fuyant le crachin grisouille, on descend la côte ouest ; étape sympa à Foxton Beach retrouvant comme dans chaque bourgade du pays, toboggans, balançoires et trampolines.



 

 
Originalité du pays, après poules et poussins dans les Loyautés, ici nous partageons les repas avec le canard et ses petits. Certaines poules d'eau vont jusqu'à nous dérober le sac de pain de mie.

 

24 octobre 2014

  Deux jours à Hanmer Springs, ce week-end est férié ici donc le site est très fréquenté.
5 ans de mariage! Le soleil sera notre cadeau. Audrey passe du temps aux piscines chaudes avec Jeanne qui saute dans l'eau et veut nager toute seule avec sa bouée. De mon côté, un coup de froid est passé par là ; meilleur remède maison, virée trail au Mt Isobel, 1200m de déniv 15Km, ça fait un bien salutaire. Je maintiens la forme mon 'ptit philou pour le prochain O'biwack en Ardèche. Pensée pour Greg “born to run”, regarde le site de Malcolm Law, un gars du coin qui a une approche plus ultime de la course en montagne.


Quelques rencontres de locaux, beaucoup de tergiversations et nous posons un itinéraire pour tracer sur cette île sud d'une autre dimension. On reprend la route sous la pluie, nous gagnerons Tekapo et le Mt Cook dans quelques étapes.

Clin d'oeil de Geraldine, petite ville mignonette où l'on se pose quelques jours en attendant le soleil et on profite pour faire des lessives et des courses. Mathieu découvre de la poudre pour machine à laver au fond du van, d'après lui. Ca tombe bien, on n'a plus de lessive. Je lance la machine. Oh my god! La mauvaise blague en allant récupérer le linge. Nos vêtements sont tout bleutés et plus qu'odorants... Je fais quand même partir le "dryer". Toujours la même odeur à la sortie. Il reste un échantillon de cette fameuse poudre, je m'en vais demander à la gérante du camping "what's that?" Et elle me répond qu'il s'agit d'un produit toxique pour récurrer les toilettes. Big carton rouge Mathieu!

Promenade familiale en centre ville, passage oblige devant le magasin de jouets et nous repartons avec le vélo tant attendu, une jolie draisienne adoptée par Jeanne qui ne la quitte plus.


 

Wellington – Picton avec l'Interislander

   La météo pluvieuse sur la côte ouest nous pousse jusqu'à Wellington. Deux nuits bien négociées pour un petit rabais dans le Top10 de Lower Hut (camping aux prix excessifs). Le beau temps est de retour, loin des montagnes on virevolte dans le centre ville, érance, prenant l'atmosphère de cette mini city life style... Agréable, élégante: nous sommes séduits.

Wellington
 
Old St Paul Church
 

Le Ferry embarque à 14h ce 22 octobre. L'île du Sud que l'on perçoit du bord de mer est en chemin, sommets enneigés prometteurs. La journée est ensoleillée, peu de vent, parfaites conditions pour traverser l'isthme et se faufiler dans les méandres du Marlborough Sounds jusqu'à Picton. On se partage entre la salle toboggan et le pont supérieur qui sert le panorama lumières du soir et l'air marin.
 
 
Débarqués sans soucis, l'athmosphère du Sud est déjà là. On roule dans une nature vierge avec une très faible densité d'habitat et peu de développement urbain. Nuitée à Okiwa Bay le long de routes sinueuses bordant les bras de mer. Le matin, nous gagnons Havelock pour une sieste salutaire. Jeanne est en cracage nerveux, bronchite, réveils nocturnes par le froid et la cohabitation du van, s'ajoute la belle percée de ses dernières molaires, on doit s'efforcer à retrouver un rituel pour son bien être et le nôtre. Le salut nous est offert par la petite église anglican des marins d'Havelock. Poséspar le simple hasard d'un emplacement ombragé ; on y trouve à l'intérieur le havre de paix dont nous avons besoin : jeux pour Jeanne qui ne veut plus partir ; quiétude pour ses parents. On ressent presque une culpabilité car elle n'a absolument aucun jouet dans le van et exprime avec puissance sa joie dès qu'elle en aperçoit. Nos sorties dans les centres commerciaux sont de trop bons moments pour elle qui joue avec ce qu'elle trouve dans les rayons: vélo, trottinette, poussette, peluches, chaussures, valises, ballons, voitures...

Okiwa Bay



 

 


On se rend compte de l'importance des distances à parcourir entre deux points de visite. Il nous faut raccourcir les étapes, 1h30 de route par demie journée semble raisonnable, sinon ça se complique en cabine. Si l'on opte pour l'électricité, il nous faut dormir en camping les soirs pour se chauffer.

On décide de s'orienter sur Nelson Lakes, Mathieu veut voir de la montagne. Forêts, pâtures, coteaux de vignes, on remonte une longue vallée glaciaire de toute beauté. Le lit de son torrent et ses gravières sont complètement vierges. Couleurs d'été verdoyantes, galets rouges couverts de lichens. Pendant ce chemin, Jeanne complète son cahier de gommettes et coloriage: “bateaux, Méline lalo (vélo)”.
 

 

Lac de Rotoiti au camping du DOC (organisme gérant les espaces naturels); douche dans les toilettes pour Jeanne puis grosse vaisselle coucher de soleil face au ponton, avec en fond les sommets enneigés des Alpes de NZ. Quatre jours de soleil, mais ici le temps change brusquement. Frustration au réveil, la rando bien imaginée par Mathieu ne peut pas être entreprise. Rafales de 50km/h et averses avec une limite de neige à 1000m. Le site est magnifique; on le quitte prématurément pour d'autres bien plus grandioses. Passage obligé à l'office du parc naturel, leurs locaux sont vraiment un plaisir à visiter, Jeanne déménage leur stock de kiwis (kirouis) et autres peluches et repart avec sa petite mascotte.
 
 
Halte déjeuner chez le voisin Rotoroa Lake. Puis long chemin et sieste dans ces paysages glaciaires, nous descendons à Hanmer Springs pour se prélasser, attendant le soleil, dans les piscines d'eau chaude.

 

 

 
 

lundi 27 octobre 2014

Transition pour la Nouvelle-Zélande

Les jours du calendrier sont mélangés. L'effort est nécessaire pour se recaler. Jeudi 9 octobre, je retrouve mes notes à Rotorua. Nous sommes en Terre Kiwi et Maori depuis une semaine vite passée sous un faux rythme. Cette transition est obligée dans notre choix de voyage aux longues étapes. 2 mois et demi en Nouvelle Calédonie laisse des traces. On reste habité et imprégné.
 
Nous avons passé les 3 jours précédents à Nouméa, transition de ce retour à la civilisation occidentale. Notre programme sur la Grande Terre était chargé, visites du Sud et autres coins, mais finalement le repos s'est fait sentir. Aussi nous avons versé sur un temps plus calme pour ravitailler, dormir, préparant le nouveau départ. Ce fut le temps de recroiser Luc et Cyril bien établis sur le caillou; merci pour le partage du bon phare breton! Quelques brides pour vous recentrer: arrivés par l'avion, on récupère une tuture de loc' et l'on se retrouve à nouveau au Tour du Monde, point d'arrivée sur ce caillou. Passage par le méga centre commercial pour se remplir le ventre. Après ces semaines frugales sur les îles, immense joie de Jeanne qu'elle nous partage devant son Kiri et son Jambon... Passage au marché ; visite de l'aquarium qui perd son silence avec les cris spontanés de Jeanne “Poisson, Totue”. Son plus beau cadeau sera l'aire de jeux au port: Toboggan, balançoire... Elle court de partout et les essaye tous. Obligés de s'organiser pour y repasser avant l'envol.

Pour Audrey, le départ est difficile, elle est pensive. Moi je suis dans l'action du paquetage, répartition des charges dans nos sortes de sacs qui servent de valises. Une semaine après, je réalise doucement ce que l'on vient de quitter. Les derniers jours ici, pris de fatigue, Jeanne malade, connection difficile avec la réalité. Sentiment de trop plein. Beaucoup d'intensité en peu d'espace temps. Il nous a fallu constater notre réalité de ne pouvoir vivre en tribus sans y être nés... Mais quels échanges et quel extraordinaire partage humain.

mardi 21 octobre 2014

Etats d'âme ; J-2 avant de saluer les îles

Bon timing pour le départ malgré le coeur serré. Souvent la question de l'expatriation survient dans nos pensées. S'éloignant de la France, on prend de l'air et le recul d'observer; pas trop d'analyse où l'on se perdrait en détails, mais l'on tend bien à ressentir par nos rencontres et l'intériorité la “loose” athmosphère qui se répand en Europe. Perte de culture au profit d'un matérialisme insatisfait. Le profit pour finalité n'enferme t-il pas l'individu dans une absence à lui même? Sentiment de puissance que procure l'Avoir. Faut-il pouvoir exister librement en parallèle, se gardant de la réserve. Ne pas devenir un simple élément fructifiant le profit d'un tout. C'est une chaîne alimentaire déshumanisée. Deux générations, tout se lisse en surface : l'appartenance à une culture propre, l'appartenance à une famille unie, l'appartenance à un voisinage, à une structure professionnelle pérenne. Notre quête existancielle et identitaire passe par de belles racines et une liberté de voler où nos vies nous mènent. Apprenons à valoriser nos talents reçus et non l'efficience à simple dessein du profit. Greg et Aurélie à Lifou ou encore Jacques à Seday nous en donnent l'exemple, ce dernier choisit de réaliser une sculpture pour me rendre compte de commissions que nous lui avions faîtes.

Ne pouvant m'empêcher d'ouvrir la réflexion sur la place qu'occupe l'école à multiples niveaux (institution, enseignant) pour permettre le développement personnel de l'individu, dans le respect de ses talents? Petite utopie face aux grandes questions d'économie d'échelle ou d'un pragmatisme sécurisant par une instruction évaluable à très court terme. Pour ces enfants qui passent à l'école la grande part de leur enfance, quelle éducation et quelle citoyenneté dans la seule recherche de l'efficience?

Jeanne pleure, Audrey la recouche, c'est le temps de la sieste. Je reviens de palmer dans le corail. Toujours cette exubérance de vie. De grands poissons sautent en pleine mer, non identifiés. Oiseaux et cocs chantent, des poussins picorent sous la table, les chiens aboient, les enfants dans la cour, le feu sous les marmites, la feuille de coco sèche sous le soleil en dégageant une odeur typique de ces cases traditionnelles; nous sommes et serons toujours en Loyautés.

Me revient ce dessin: vivre dans le monde en intégrité, hors de l'esprit du monde; Brassens chantait: “au village sans prétention...”. Cela semble bien difficile seul, mais les montagnes me manquent, j'en rêve les nuits. Encore l'espace temps de ce voyage pour aller à l'essentiel et décider ou non le retour qui sera difficile. Je ne peux me résoudre à vivre dans l'esprit du monde tellement la richesse humaine est immense; intimement persuadé que nous devons avoir une grande paix intérieure pour être soi même. Les frustations, les colères, les peurs nous lestent dans ce quotidien diaboliquement organisé. Souvenir d'études, je n'ai jamais apprécié l'approche marketing. Chacun perçoit bien avec ses difficultés sa propre réalité qui ne lui est que temporelle. Pour nous ici, c'est vivre et se libérer. Cela passe par de petites morts, accepter le manque d'hygiène de la cuisine, de la douche à l'eau froide le soir par temps humide... Notre nombre de changes vestimentaires étant limité. “Le voyage forme la jeunesse” énonçait le dicton, c'est la nécessité de se prendre en charge et de s'assumer dans un relatif dépouillement, nous rendant vulnérables et inconnus, qui nous offre la rencontre de l'étranger dans ce qu'il a de bienveillant. Nous sommes maintenant, sans enfermement par le jugement du quotidien. Trop souvent, avec beaucoup d'empressement et d'efficacité, ne se rassure t'on pas en renvoyant la personne rencontrée dans un cadre de ce qu'elle est censée représenter? Jugement... Ce voyage peut-il nous conforter pour ne pas se laisser enfermer dans les réalités de masques de société ; cotoyer l'esprit du monde occidental sans s'y égarer?

Au revoir à cette société kanak; merci de ces rencontres humaines. Hubert Reeves s'interroge “Quelle intension dans cette Nature exceptionnelle?”. Notre amie Louise chanterait “Que la richesse de Dieu est immense, que sa sagesse et sa connaissance sont profondes...” son site en lien. Ici nous lisons sur une toile peinte dans le Faré de Céline en reconstruction “Garde le silence devant l'Eternel et espère en Lui”.