samedi 17 janvier 2015

Ma vie balinaise

Jeanne est toujours malade, fièvre puis diarrhée se déclarent successivement chaque matin, on a de la peine pour elle et l'on doit se forcer à rendre ludique ces moments pour éviter ses angoisses. 7h00, ça frappe à la porte. Putu, employée au Swasti, vient me chercher pour m'emmener au marché local. Pas bien réveillée, je saute du lit et je m'éclipse en douce.

Je monte sur son scoot et c'est parti. En chemin, elle me confie ses difficultés au travail. Elle gagne 2 millions de roupis par mois, soit 130 euros avec lesquels elle doit assumer sa famille. Ce n'est pas suffisant pour payer les études de ses enfants, leur scooter, le projet de construction d'un logement touristique... Elle réfléchit à prendre un autre travail en parallèle. Cumuler 2 emplois est fréquent, comme Ketut qui nous aide pour l'extension des visas et pour trouver une maison, il va au champs après ou avant son job. Il lui faut environ 4 mois de culture en rizière pour fournir du riz à sa famille pendant 1 mois.
 


Arrivées au marché, elle me précise qu'il n'y a que des balinais ici. Elle ne voit pas d'un bon oeil l'arrivée croissante de musulmans sur l'île. Elle fait les courses pour sa famille: fruits, légumes, poisson, feuilles de pandanus pour fabriquer les paniers d'offrandes. Comme à Montbrison, j'aime me promener serrée dans ces allées et la suivre au milieu des marchands ambulants, il y en q de partout. L'ambiance est détendue, souriante. Arret pour acheter des noeuds à cheveux pour Jeanne et des encas, elle veut lui les offrir. Je suis gênée et touchée par son geste; générosité malgré cette vie si pauvre matériellement.
 


 
Marché fini, elle me conduit jusqu'à Petulu, son village, fière et heureuse de me présenter à sa belle famille, de me faire visiter les lieux, sa cuisine, sa chambre, ses paniers d'offrandes exposés comme des trésors. Nous partageons, assises sur une marche, autour d'un café, nos vies de femme. Beaucoup d'émotions quand elle me confie que son mari est mort il y a sept années d'un cancer, opéré deux fois il n'a pas survécu. L’accès à une médecine moderne n'est pas universel, sans beaucoup d'argent ici on meurt, qui que tu sois. Je vois les larmes dans ses yeux quand elle me montre sur le mur sa photo, mais elle contient sa tristesse et me dit “long time now, I cannot be sad”. Ils ont eu trois enfants, leur petit dernier est décédé à 6 mois. Putu a 37 ans et élève ses deux grands 12 ans et 17 ans, entourés par sa belle famille. Elle est inquiète pour son beau père qui tousse depuis deux mois et nous demande si le baume du tigre qu'elle a trouvé dans un hôtel de touriste peut le soigner. Comme en Calédonie, ici on adule le 'made in' Europe. Ses parents habitent juste un peu plus bas, dans la même rue. Son père tient un business de djeco. Elle est l'aînée d'une famille de 5 et vit entre ses deux familles.




Dans leur culture, je constate l'importance du clan, l'entre aide et la communication au sein de la famille. Comme je l'ai ressenti chez les kanak, ils existent ensemble et sont proches les uns des autres. Quand je lui décris un peu ce qui se passe dans mon pays “riche” mais “appauvri” de coeur, nos vies loin de nos parents, grands parents, soeurs, c'est juste tellement loin de son quotidien et peu compréhensible. Elle me dit avec simplicité : “Audrey, dis à tes familles de vendre leurs biens et de venir s'installer ici, comme ça vous serez tous ensemble, et c'est bien le plus important. Jeanne adore jouer avec les enfants de Putu, ils lui font des calins, lui prêtent des peluches, lui font écouter de la musique sur leur téléphone.

Nos vies et nos cultures sont si différentes et en même temps on se sent si proches là dans l'instant. C'est bon la chaleur humaine dans les coeurs, d'être là les uns pour les autres quoi qu'il en soit (Louise, et on mange beaucoup de chocolat en voyage).

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