Je monte sur son scoot et
c'est parti. En chemin, elle me confie ses difficultés
au travail. Elle gagne 2 millions de roupis
par mois, soit 130 euros avec lesquels elle
doit assumer sa famille. Ce n'est pas suffisant pour payer les études
de ses enfants, leur scooter, le projet de construction d'un logement
touristique... Elle réfléchit à
prendre un autre travail en parallèle.
Cumuler 2 emplois est fréquent,
comme Ketut qui nous aide pour l'extension
des visas et pour trouver une maison, il va
au champs après ou
avant son job.
Il lui faut environ 4 mois de culture
en rizière pour fournir
du riz à sa famille pendant 1 mois.
Arrivées
au marché, elle me précise
qu'il n'y a que des balinais ici. Elle ne voit pas d'un bon oeil
l'arrivée croissante de musulmans sur
l'île. Elle fait les courses pour
sa famille: fruits, légumes,
poisson, feuilles de pandanus pour fabriquer les paniers d'offrandes.
Comme à Montbrison, j'aime me promener
serrée dans ces allées
et la suivre au milieu des marchands
ambulants, il y en q de partout. L'ambiance
est détendue, souriante. Arret pour
acheter des noeuds à cheveux pour Jeanne
et des encas, elle veut lui les offrir. Je suis gênée
et touchée par son geste; générosité
malgré cette vie si pauvre
matériellement.
Marché fini, elle me conduit jusqu'à Petulu, son village, fière et heureuse de me présenter à sa belle famille, de me faire visiter les lieux, sa cuisine, sa chambre, ses paniers d'offrandes exposés comme des trésors. Nous partageons, assises sur une marche, autour d'un café, nos vies de femme. Beaucoup d'émotions quand elle me confie que son mari est mort il y a sept années d'un cancer, opéré deux fois il n'a pas survécu. L’accès à une médecine moderne n'est pas universel, sans beaucoup d'argent ici on meurt, qui que tu sois. Je vois les larmes dans ses yeux quand elle me montre sur le mur sa photo, mais elle contient sa tristesse et me dit “long time now, I cannot be sad”. Ils ont eu trois enfants, leur petit dernier est décédé à 6 mois. Putu a 37 ans et élève ses deux grands 12 ans et 17 ans, entourés par sa belle famille. Elle est inquiète pour son beau père qui tousse depuis deux mois et nous demande si le baume du tigre qu'elle a trouvé dans un hôtel de touriste peut le soigner. Comme en Calédonie, ici on adule le 'made in' Europe. Ses parents habitent juste un peu plus bas, dans la même rue. Son père tient un business de djeco. Elle est l'aînée d'une famille de 5 et vit entre ses deux familles.
Nos vies et nos cultures
sont si différentes et en même
temps on se sent si proches là dans
l'instant. C'est
bon la
chaleur humaine dans les coeurs, d'être
là
les uns pour les autres quoi qu'il en soit (Louise, et on mange
beaucoup de chocolat en voyage).
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