Nous voilà rentrés en France. Allongés au pied du
Jura, nous rattrapent des réalités financières. Goût d’inachevé, mélangé d’un
esprit clair et en paix. Vivre intensément et libérés laisse des marques à
l’intérieur. On souhaite continuer, gagner au loto ou vraiment tout
lâcher ? Mais un cycle de travail revient. Audrey prolonge ce temps lent
en vie de famille.
Depuis l’atterrissage à Lyon, les mois s’écoulent,
parfois avec turbulences. Les Alpes en lumière nocturne… Nos familles sont là
pour l’accueil, le cœur est serré, joies de retrouvailles mêlées à la tristesse
de stopper cet état de vie. On s’y attendait, malgré nous, la vie gessienne
reprend lentement sa place, et clairement un coup de mou au moral. Retour, dans
le tourbillon. Qu’est ce qu’on va faire ici ? Combien de temps ? Choc
pour les corps, le froid de l’hiver ; refaire son immunité. Les jours sont
courts, petits plaisirs de la neige. Nous poursuivons de nouveaux projets,
nouveaux moteurs. Cette énergie qui nous a permis de réaliser de belles choses
pendant ces mois nous lâche doucement. Jeanne est perturbée, construire des
repères dans un nouveau rythme de vie. L’état d’esprit environnant se vide de
sourires et de l’intérêt de nos amis balinais. Sentiments de profusion en
vocabulaire de Shakespeare pour le plaisir des grands parents qu'elle demandait. Elle vit l’absence de papa et est un peu perdue dans une chambre
toute seule. L’arrachement soudain à cette vie balinaise pleine de relations
humaines et rituels de vie, lui fait naître des émotions anxiogènes. L’abandon,
perdre les gens que l’on aime, en un instant. Elle nous évacue cela les mois
passant. Ses souvenirs sont bien là, ils s’altèreront dans ses pensées en
grandissant, mais le corps se souvient et garde mémoire de ce vécu
exceptionnel, elle danse tribal, inspirée par les ancêtres nous a t-on dit.
« Vous n’avez pas travaillé tout ce
temps ? Quelles vacances, la chance ! » Rentrer de
vacances … ce serait reprendre ses habitudes. Hors la lenteur de ce voyage,
nous a changé, un autre rythme qui fait du bien, d’autres priorités. Ici, notre
liberté d’être et de donner le temps se mue en une aliénation de mille
contraintes quotidiennes où beaucoup semblent y voir leur norme. Mais après avoir
goûté à d’autres réalités que l’on trouve plus humaines et plus saines, il y a
une grande violence pour nous dans cet atterrissage.
Solitude… Le besoin de partager notre aventure est
difficile avec nos proches. Conversations efficaces, se recentrant
inévitablement sur des routines et soucis. Constat de cette énergie colossale
consacrée à réaliser une perfectibilité matérialiste de confort. Besoin de
cadrer qui nous apparaît insensé. Le partage avec d’autres voyageurs vient
donner l’écho à nos émotions de ce vécu. On repasse les photos avec larmes aux
yeux ; vient le moment du travaille d’albums. Tri d’images qui fait
rejaillir des souvenirs d’un moment de vie parallèle, puissance irréelle des
flashs de nos mémoires sensitives.
Congruents à ces changements, certaines relations
en deviennent difficiles. Ces mois, nous croisions les regards surpris,
échangions avec des gens ouverts, « qui es-tu ? où
vas-tu ? » ; questions pleines d’humanité, maintes et maintes
fois appropriées. On a pris la mesure de se les poser à chaque instant, et cela
fait sens. Simples bonjours échangés avec honnêteté du coeur. Forcément, ce qui
nous attriste depuis le retour, c’est la tension ou les peurs omniprésentes.
Fragilité d’une France en stress d’un coup de chaleur ou bien d’une éclipse
solaire… Agressivité et indifférence active d’un individualisme ancré dans la
méfiance voir le désintérêt pour l’autre, pourtant jusque-là inconnu ! Dans
la puissance de l’imprégnation, quelle éducation choisirons-nous de donner à
nos bambinos pour un peu plus d’empathie et de respect des différentes
réalités ? Dans cette vie occidentale qui tue les rêves, les trépidants
matins semblent happer lentement ce besoin primaire d’altruisme. Et pourtant
quel confort de vie autour de nous. Je repense à la non efficience toute simple
des kanaks, à leur culture communautaire. Nous sommes frappés depuis notre
arrivée de cet appauvrissement occidental dans les relations humaines,
essentielles pour l’esprit. Quel drôle de monde nos enfants doivent affronter.
Choisir l’étranger en terre d’asile ? L’idée nous côtoie en permanence. Conscients que les cultures kanaks ou balinaises sont abordées par la mondialisation, qu’une vie professionnelle sur les îles n’est pas un idéal perfectible, loin de tous, étrangers, on recherche du temps lent à être vivant.
Cela peut paraître déconcertant, de longues journées sans avoir rien de particulier à faire. Cette sensation nous est devenue quotidienne, et pleine de sens à notre retour. S'ouvrir aux rencontres, être en famille, prendre le temps avec les gens pour l'essentiel. En métropole, on fait mille activités. Nous, nous avons ressenti et regardé couler le temps. A présent, l’activisme et nombre de détails portés en importance m’indiffèrent. Comment pourrait-il en être autrement ? Je relativise et me questionne sur notre capacité à nous satisfaire de ce quotidien métropolitain sans se projeter vers cet état que procure le voyage. Privilégiés ? Oui, ici en France, cela ne fait aucun doute. Mais notre temps est aspiré par les activités professionnelles, l’on cherche ces rencontres curieuses, les ruptures des conditionnements, le voyage et ses expériences enrichissant l’âme. Il nous faut toutefois se poser pour digérer, verbaliser nos sentiments, mais nous pensons chaque jour au prochain…
Choisir l’étranger en terre d’asile ? L’idée nous côtoie en permanence. Conscients que les cultures kanaks ou balinaises sont abordées par la mondialisation, qu’une vie professionnelle sur les îles n’est pas un idéal perfectible, loin de tous, étrangers, on recherche du temps lent à être vivant.
Cela peut paraître déconcertant, de longues journées sans avoir rien de particulier à faire. Cette sensation nous est devenue quotidienne, et pleine de sens à notre retour. S'ouvrir aux rencontres, être en famille, prendre le temps avec les gens pour l'essentiel. En métropole, on fait mille activités. Nous, nous avons ressenti et regardé couler le temps. A présent, l’activisme et nombre de détails portés en importance m’indiffèrent. Comment pourrait-il en être autrement ? Je relativise et me questionne sur notre capacité à nous satisfaire de ce quotidien métropolitain sans se projeter vers cet état que procure le voyage. Privilégiés ? Oui, ici en France, cela ne fait aucun doute. Mais notre temps est aspiré par les activités professionnelles, l’on cherche ces rencontres curieuses, les ruptures des conditionnements, le voyage et ses expériences enrichissant l’âme. Il nous faut toutefois se poser pour digérer, verbaliser nos sentiments, mais nous pensons chaque jour au prochain…